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Le serveur de l'entreprise ne démarre plus, ou démarre sans trouver son volume. Sur l'écran de démarrage, le contrôleur RAID annonce un disque « Failed », une grappe « Offline », ou une « configuration étrangère ». Le prestataire informatique n'est pas joignable, la compta, les plans ou la base clients sont dedans, et la première idée est la même partout : sortir un disque et le brancher sur un PC pour voir ce qu'il contient.
Ça ne marche pas. Le connecteur ne rentre pas, ou le disque n'apparaît nulle part. Ce n'est pas le signe que tout est perdu : c'est le fonctionnement normal d'un disque de serveur. Voici pourquoi, ce qu'il faut faire (et surtout ne pas faire) avec un RAID matériel en panne, et comment se passe une récupération sur ce type de matériel.
En bref
Un disque SAS de serveur ne se branche pas sur un PC : connecteur et langage différents. Ce n'est pas une panne
Un disque isolé d'un RAID ne montre pas vos fichiers : chaque disque ne contient qu'une tranche de chaque fichier, il faut toute la grappe
Ne recréez jamais la grappe, n'effacez pas une configuration étrangère, ne forcez pas un disque en ligne : ces options écrivent sur les disques
Contrôleur mort ou configuration perdue : les données sont en général intactes et se récupèrent très bien sur copies
Envoyez tous les disques, numérotés par baie, y compris celui déclaré mort et le remplaçant

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Un disque SAS n'est pas un disque de PC
La plupart des serveurs d'entreprise (Dell PowerEdge, HPE ProLiant, Lenovo, Fujitsu...) utilisent des disques
SAS, et non des disques SATA comme les ordinateurs de bureau. Vus de l'extérieur, ils se ressemblent beaucoup. Ils n'ont pourtant pas le même usage.
Le connecteur ne rentre pas, et c'est voulu
Sur un disque SATA, la prise de données et la prise d'alimentation sont séparées par une encoche. Sur un disque SAS, cette encoche est
comblée par un pont en plastique, qui porte au dos une seconde rangée de contacts (le second chemin d'accès, qui permet au serveur de joindre le disque par deux voies en cas de panne). Résultat : un câble SATA de PC
ne s'enfiche pas sur un disque SAS.
La compatibilité ne va que dans un sens : un contrôleur SAS sait piloter un disque SATA, un port SATA de carte mère ne sait
pas piloter un disque SAS. Même avec un adaptateur qui force le branchement, la carte mère ne parle pas le langage du disque. Il faut un contrôleur SAS dédié.
Et surtout,
forcer ou bricoler le branchement n'apporterait rien : même lu parfaitement, un disque isolé d'un RAID ne montre pas vos fichiers (voir plus bas).
Des secteurs de 520 ou 528 octets
Un disque de PC découpe sa surface en secteurs de 512 octets (ou 4 096). Beaucoup de disques SAS sortis de baies de stockage ou de certains serveurs sont formatés en
secteurs de 520 ou 528 octets : les quelques octets en plus servent au contrôleur à vérifier l'intégrité de chaque bloc écrit. Branché sur un matériel qui attend du 512, un tel disque est vu
illisible ou à 0 octet, alors qu'il est en parfait état.
Pour le « rendre lisible », la seule méthode classique est de le
reformater en 512 octets. C'est une opération qui efface tout. Les forums qui la conseillent parlent de réutiliser un disque d'occasion, pas de récupérer des données : si vos fichiers sont dessus, ne suivez pas ces tutoriels.
Une conception pour tourner jour et nuit
Les disques SAS sont des disques d'entreprise, prévus pour fonctionner en continu pendant des années. Ils finissent quand même par s'user, et un serveur de TPE a souvent
tous ses disques achetés le même jour, du même lot, soumis à la même charge. Quand le premier lâche, les autres ne sont pas loin. C'est exactement ce qui transforme une simple alerte en perte de volume.
Le vrai sujet : le RAID matériel
Dans un serveur, les disques ne travaillent presque jamais seuls. Ils sont regroupés par une
carte contrôleur RAID (Dell PERC, HPE Smart Array, cartes LSI/Broadcom, Adaptec...) qui les présente au système comme un seul grand disque.
Pourquoi un disque seul ne montre pas vos fichiers
En RAID 5, 6 ou 10, le contrôleur
découpe chaque fichier en petits blocs qu'il répartit sur tous les disques, avec des blocs de contrôle (la parité) qui permettent de survivre à la perte d'un disque. Un disque pris isolément ne contient donc qu'
une tranche de chaque fichier, entrecoupée de parité : aucun document complet, aucune arborescence lisible. C'est pour cela qu'un logiciel de récupération lancé sur un seul disque ne trouve rien d'exploitable.
Où vit la configuration
Pour réassembler ces tranches, il faut connaître la « recette » de la grappe : quels disques en font partie, dans quel ordre, avec quelle taille de bloc, quel sens de rotation de la parité, et à partir de quel endroit du disque les données commencent (certains contrôleurs réservent une zone en début ou en fin de disque).
Cette recette est enregistrée
à deux endroits : dans la mémoire du contrôleur, et dans une petite zone réservée sur chaque disque. C'est ce qui rend le RAID matériel à la fois robuste et piégeux :

si le
contrôleur meurt, les disques portent encore leur description, et les données sont intactes

si on met les disques dans
un autre contrôleur, celui-ci découvre une configuration qu'il ne connaît pas et la signale comme « étrangère » (foreign) en proposant de l'
importer ou de l'
effacer

si la description est
effacée ou réécrite, la grappe n'est plus reconnue, même si pas un seul octet de vos fichiers n'a bougé
Les données, elles, survivent à presque tout,
tant que personne n'écrit par-dessus. Et c'est précisément ce que font plusieurs options des menus du contrôleur.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
Au laboratoire, la plupart des RAID de serveur difficiles ne le sont pas à cause de la panne d'origine, mais à cause de ce qui a été tenté ensuite. Par ordre de gravité :
1. Créer une nouvelle grappe (« Create Virtual Disk », « Create Array ») avec les mêmes disques. Même avec les mêmes réglages, le contrôleur peut lancer une initialisation qui réécrit la parité, voire les données, sur tous les disques. Un RAID 5 initialisé par erreur donne des fichiers corrompus en grand nombre, même quand tout paraît « revenu ».
2. Effacer une configuration étrangère (« Clear Foreign Config »). L'import d'une configuration étrangère est souvent la bonne manœuvre sur un matériel sain, mais l'effacement détruit la description de la grappe sur tous les disques. En cas de doute, ne choisissez ni l'un ni l'autre : notez le message exact, prenez une photo de l'écran, éteignez.
3. Forcer un disque « Failed » à revenir en ligne (« Force Online »). Si ce disque est sorti de la grappe il y a plusieurs jours, il contient des données périmées. Le remettre de force mélange des blocs anciens et récents, et le système de fichiers qui démarre dessus commence à « réparer » en écrivant.
4. Lancer une reconstruction (rebuild) sans sauvegarde, sur des disques qui faiblissent. Une reconstruction relit intégralement tous les disques restants. Un seul secteur illisible sur l'un d'eux, et elle échoue, parfois en éjectant un disque de plus. Relancer après un premier échec aggrave presque toujours la situation. Détail dans .
5. Changer l'ordre des disques dans les tiroirs pour « essayer ». Certains contrôleurs le tolèrent, d'autres non, et l'ordre d'origine est une information précieuse qu'on ne veut pas perdre.
6. Mettre à jour le firmware du contrôleur ou le BIOS du serveur en pensant régler le problème : on change l'outil qui interprète les disques au pire moment.
7. Lancer une réparation du système de fichiers (chkdsk sous Windows Server, par exemple) sur un volume qui remonte en mauvais état. Voir .
8. Jeter, renvoyer en garantie ou réutiliser le disque déclaré mort. Il est souvent moins abîmé qu'on ne le croit, et après une mauvaise manipulation il peut devenir la seule copie propre d'une partie des données.
Si le serveur est encore sous contrat de maintenance, le technicien du constructeur viendra
remplacer du matériel, pas sauver vos données. Prévenez-le que les données ne sont pas sauvegardées avant qu'il ne touche à la configuration.
Ce qu'il faut faire, dans l'ordre
Si le volume est encore accessible
Un disque en alerte mais un serveur qui fonctionne : c'est le moment de
copier les données importantes vers un autre support, par ordre de priorité (compta, base métier, documents partagés), en coupant ce qui charge inutilement les disques (sauvegardes planifiées qui tournent, antivirus en analyse complète). La reconstruction attendra que la copie soit faite et vérifiée.
Si le volume a disparu, ou si un deuxième disque est tombé
1. Éteignez le serveur proprement et ne le redémarrez plus « pour voir ». À chaque démarrage, le contrôleur peut tenter une resynchronisation.
2. Photographiez les écrans d'erreur du contrôleur (état de chaque disque, messages) avant d'éteindre, si c'est encore possible.
3. Notez le modèle exact du serveur et de la carte RAID, le niveau de RAID s'il est connu, et
quel disque est tombé en premier, et quand.
4. Repérez l'emplacement de chaque disque avant de les sortir : un numéro de baie sur chaque disque (ruban adhésif sur la face métallique, jamais sur l'électronique), et une photo de chaque étiquette avec son numéro de baie visible. Méthode complète dans .
5. Racontez honnêtement ce qui a déjà été tenté : import, rebuild, disque remplacé, pourcentage auquel la reconstruction a échoué. Personne ne juge, mais cela nous dit ce qui a été écrit, et où chercher.
Ce qu'il faut nous envoyer
Tous les disques de la grappe, y compris celui déclaré mort, celui retiré en premier et celui de remplacement déjà installé
Les disques de secours (hot spare) et ceux d'une éventuelle deuxième grappe du même serveur, en les signalant à part : mieux vaut un disque de trop qu'un disque manquant

Chaque disque
emballé séparément, avec son numéro de baie lisible sans ouvrir le sachet. Voir
Le serveur complet n'est généralement pas nécessaire. Notez le modèle de la carte contrôleur ; si le cas le demande (chiffrement géré par le contrôleur, par exemple), nous vous le dirons

La
liste des dossiers prioritaires : quand l'entreprise est à l'arrêt, extraire d'abord la base de la compta ou le dossier commun change tout
Ce qui se passe au laboratoire
1. Chaque disque est traité et copié séparément. Les disques SAS sont lus sur un équipement de laboratoire capable de parler leur langage, quelle que soit leur taille de secteur. Un disque en panne matérielle (têtes, électronique, surface abîmée) est d'abord réparé ou stabilisé, puis copié intégralement. Un disque dont la configuration interne a été modifiée ou bloquée est remis en état de lecture sans reformatage. Les disques d'origine ne sont
jamais remis dans un contrôleur RAID.
2. La grappe est reconstruite virtuellement, en lecture seule. À partir des copies, on lit la description de la grappe quand elle existe encore. Quand elle a été effacée ou abîmée, on la retrouve à partir des données elles-mêmes : la répartition des blocs et de la parité laisse une empreinte régulière qui permet de déduire le niveau de RAID, la taille de bloc, l'ordre des disques et le point de départ. Un disque manquant en RAID 5 (ou deux en RAID 6) se recalcule par la parité.
3. Les données sont extraites. Volume Windows, partage de fichiers, base de données, mais aussi machines virtuelles quand le serveur hébergeait plusieurs systèmes : chaque couche est ouverte dans l'ordre. Vous vérifiez ensuite le résultat sur la liste des fichiers avant de payer : voir .
Un point rassurant : un contrôleur mort, une configuration perdue ou un serveur qui ne démarre plus sont des pannes qui se récupèrent très bien, souvent intégralement. Ce qui dégrade un dossier, ce sont les écritures faites après coup : initialisation, nouvelle grappe, reconstruction forcée.
Pour une idée des délais et des chances de réussite, voir , et pour le budget .
Questions fréquentes
Puis-je brancher un disque SAS sur mon PC avec un adaptateur SAS vers SATA ?
Non. Ces adaptateurs servent à brancher un disque SATA sur un fond de panier SAS, pas l'inverse. Une carte mère de PC ne sait pas dialoguer avec un disque SAS, il faut une carte contrôleur SAS. Et même avec la bonne carte, un disque seul issu d'un RAID ne montrera pas vos fichiers.
J'ai remplacé le contrôleur RAID mort par une carte identique. Elle me propose d'importer la configuration étrangère. J'accepte ?
Sur des disques en bon état, l'import est la manœuvre prévue par le constructeur, et elle fonctionne souvent. Mais si un disque était déjà en alerte, ou si la grappe était dégradée au moment de la panne, l'import peut déclencher une reconstruction sur un disque fragile. Sans sauvegarde des données, faites d'abord copier les disques : l'import pourra toujours être tenté ensuite sur du matériel sain.
Le contrôleur affiche un disque « Failed » mais le serveur tourne encore. C'est grave ?
C'est l'alerte qui précède la panne. Le volume fonctionne sans redondance : au prochain disque qui lâche, tout s'arrête. Copiez les données importantes avant de remplacer le disque et de lancer la reconstruction.
Le serveur a 8 ans, il n'est plus sous garantie. Les données sont-elles plus difficiles à récupérer ?
Non. L'âge du serveur n'a pas d'importance pour la récupération : nous travaillons sur les disques, pas sur le serveur. Seul l'état des disques et ce qui a été fait après la panne comptent.
Un disque de remplacement a déjà été reconstruit en partie, puis tout s'est arrêté. Faut-il l'envoyer aussi ?
Oui, avec le disque qu'il remplaçait, en précisant l'ordre des événements et le pourcentage atteint. Les deux peuvent contenir des parties utiles, et leur comparaison nous dit ce que la reconstruction a réellement écrit.
Nos disques SAS sont des SSD. Même démarche ?
Oui pour les gestes (éteindre, ne rien recréer, tout envoyer avec l'ordre des baies). La récupération sur SSD a ses propres contraintes, détaillées dans .
À retenir
Un disque SAS ne se branche pas sur un PC : connecteur différent, langage différent, parfois secteurs de 520 ou 528 octets. Ce n'est pas une panne
Un disque isolé d'un RAID ne contient qu'une tranche de chaque fichier : il faut tous les disques pour reconstruire

⚠️
Ne recréez jamais la grappe, n'effacez jamais une configuration étrangère, ne forcez pas un disque en ligne. Ces options écrivent sur les disques

⚠️
Pas de reconstruction sans sauvegarde si les disques restants sont âgés ou en alerte
Éteignez, photographiez, numérotez les baies, envoyez tous les disques, y compris le mort et le remplaçant
Contrôleur mort ou configuration perdue : les données sont en général intactes et se récupèrent très bien sur copies
Pour nous confier les disques de votre serveur : , ou si l'entreprise est à l'arrêt et que vous voulez faire le point par téléphone au
09 71 32 65 95.
Pannes traitées, méthodes et tarifs : .
Pendant et après la récupération, dans le groupe BSC.
💻 Poste de travail pour continuer à travailler pendant que le serveur est à l'arrêt, sur quelques jours ou quelques semaines : loue des ordinateurs fixes et portables en courte et longue durée.
🛠️ Remplacer les disques, remettre le serveur en service avec des données récupérées, et mettre en place une vraie sauvegarde externe : fournit le matériel et intervient pour les professionnels depuis son atelier de Hyères.
Un RAID protège contre la panne d'un disque, pas contre une mauvaise manipulation, un rançongiciel ou la panne de deux disques : ce n'est
pas une sauvegarde. Voir .
Sources : cas de serveurs et de grappes RAID traités à l'atelier ; documentation technique de laboratoire sur les disques SAS (formats de secteur 512, 520 et 528 octets, familles de disques serveur) et sur la reconstruction de RAID matériels à configuration perdue ; spécifications des connecteurs SAS et SATA.